BD : rencontre avec Nicolas Tabary, dessinateur d’Iznogoud

Publié le 2 janvier 2016 | Week-end

Nicolas Tabary, chez lui à Pont-l’Abbé-d’Arnoult, devant un autoportrait de son père, Jean.

Nicolas Tabary, chez lui à Pont-l’Abbé-d’Arnoult, devant un autoportrait de son père, Jean.

Le dernier Iznogoud : de père en fils, est sorti jeudi 8 octobre. Si les textes sont de Laurent Vassilian*, Nicolas Tabary en signe les dessins… tout comme son père l’a fait sur les 27 premiers albums.

En le comparant à un de ses célèbres personnages, René Goscinny aurait pu dire de Nicolas Tabary qu’il est tombé dedans quand il était tout petit. Pas dans la potion magique, bien sûr, mais dans la BD : « A l’âge de 10 ans, mon père m’a demandé ce que je voulais faire. Je lui ai répondu : je veux travailler avec toi. »

Le père de Nicolas, s’appelait Jean… Jean Tabary qui a créé -entre autres- Iznogoud avec René Goscinny : « Je regardais par-dessus son épaule quand il dessinait, reprend Nicolas. J’étais passionné par mon père, son travail, l’artiste et sa personnalité. C’était un raconteur d’histoires. Et c’était mon héros. »

Et même s’il avoue de pas sortir tout à fait du même moule que son “illustr’auteur“ de père pour Nicolas Tabary : « Nous n’avons pas le même humour mais nos personnalités se ressemblent beaucoup. »

Travailler avec Jean a donc été depuis toujours une évidence pour Nicolas. C’est à l’âge de 16 ans que ce projet se concrétise : « Je commence par faire la mise en couleurs de ses BD ».
Mais avant cela, revient en sa mémoire son tout premier dessin qui a été publié : « C’était en 1977, l’année de la mort de Goscinny. Mon père m’avait demandé de dessiner Iznogoud qui se dessinait lui-même pour les besoins de l’histoire “Le revenant de la revue“ de l’album “Je veux être calife à la place du calife“. J’avais 11 ans ».

Puis vinrent les 18 ans et l’envie de travailler par soi-même : « Je suis parti à Angoulême pour tracer ma route dans la pub. J’étais graphiste et j’ai appris mon métier sur le tas avant de revenir travailler avec mes parents. »

Car ses parents avaient créé les éditions de la Séguinière, devenues plus tard les éditions Tabary, à Pont-l’Abbé-d’Arnoult où ils étaient installés depuis 1981. Les trois enfants Tabary y feront leurs armes ou reviendront donner un coup de main à l’entreprise familiale. « Le premier Iznogoud créé en Charente-Maritime est le n° 15, “L’Enfance d’Iznogoud“ que mon père a dessiné à La Rochelle pendant les travaux de leur maison à Pont-l’Abbé. »

En 1991, Nicolas Tabary se met à son compte et travaille principalement avec des agences de communication. Il se lance aussi dans le dessin d’humour et de presse, notamment pour le journal Charente-Libre. Il fera d’ailleurs une première incursion à L’Hebdo 17 au début des années 2000 avant de nous renouveler sa confiance depuis l’été dernier. « J’aimerais bien aujourd’hui dessiner pour un grand journal comme Le Monde, confie ce passionné de ce genre d’expression. Un dessin de presse ne doit pas être gratuit, il doit dire quelque chose », explique-t-il.

Mais Iznogoud est toujours là, à croiser la vie de Nicolas, pour le plus grand plaisir de ce dernier : « J’ai encré une planche pour mon père en plus du reste de mon travail dans “La craie noire“ une histoire présente dans l’album “Le piège de la Sirène“, se rappelle-t-il. Mais avec le reste j’avais peu de temps et n’ai malheureusement pas pu en faire plus. » Et puis il s’est lancé : « J’ai commencé à faire des strips d’Iznogoud et d’actu dans les revues de l’union des maires des Yvelines et de l’Essonne », poursuit Nicolas qui parfait ainsi sa technique pour dessiner ce personnage, avec l’approbation de son père : « Il était content. »

Des Iznogoud, Jean Tabary en a dessiné 27 en tout. Nicolas, lui, a pris le relais depuis le n° 28 “Les mille et une nuits du Calife“, car malade, son père ne pouvait plus noircir ses planches. Son frère et sa sœur s’étaient alors collés au scénario. « Mon père a vu certaines planches se construire car je travaillais de temps en temps chez lui. J’ai marqué le mot “fin“ à ses côtés ». Un souvenir impérissable pour Nicolas.

C’est ainsi que Nicolas Tabary a connu ses premières séances de dédicaces : « J’avais peur de la réaction du public, peur de lui déplaire. » Mais tout s’est bien passé et le n° 29 d’Iznogoud paraît en 2012, intitulé “Iznogoud président“.

«Là, j’avais moins de pression ». C’est le premier album publié chez Imav Éditions, créées par Anne Goscinny, fille de René, qui a depuis la mort de Jean Tabary, racheté les droits d’Iznogoud : « On était content que ça reste en “famille“ avec Anne. Finalement à la mort de mon père, Iznogoud est retourné chez son autre papa. »

Pour Nicolas Tabary, la BD est un monde à part mais « complémentaire même si le rythme de travail est différent comparé à une publicité ou une affiche. C’est ce qui est le plus difficile à gérer d’ailleurs, le temps. Car dans la BD tu entres dans un univers qui te transporte autre part, où il faut gérer tes personnages comme un metteur en scène. C’est quelque chose de vivant dont tu t’imprègnes ».

C’est aujourd’hui le trentième opus qui voit le jour : “De père en fils“, toujours chez Imav Éditions. Un titre de prédilection. Dans cette histoire, c’est un retour dans le passé qu’est obligé d’opérer Iznogoud. Le calife revient d’un voyage officiel en Inde, où il a été empoisonné. La folie l’a gagné et il lui faut un successeur pour gouverner. Si le conseil des sages fait des recherches, Iznogoud aussi. Il veut retrouver le moment clé qui a empêché son propre père de devenir Calife.

Un titre et même une histoire qui vont comme un gant à Nicolas et Jean Tabary puisque cette BD retourne sur les traces d’Iznogoud mais aussi de son dessinateur, Nicolas ayant emprunté le style graphique de son père pour les flash-back : « C’est un clin d’œil à toute la série Iznogoud ».

Et forcément à son père, car aujourd’hui Nicolas n’est-il pas devenu, en toute humilité, calife à la place du calife ?

Carine Fernandez

*Laurent Vassilian est co-auteur pour Nicolas Canteloup.



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