Coin bouquin : entretien avec Pierre Salviac

Publié le 24 septembre 2015 | Week-end

Pierre Salviac : « J’ai eu une vie de milliardaire sans les milliards. »

Pierre Salviac : « J’ai eu une vie de milliardaire sans les milliards. »

Journaliste sportif et aussi, c’est moins connu, grand reporter, le Rochelais Pierre Salviac publie “Merci pour ces moments, 50 ans de grand reportage” (*).  Entretien.

L’HEBDO : Dans le livre, vous affirmez que la presse a été votre maîtresse et qu’elle vous a apporté « une identité, une éducation et une réussite sociale. » Avez-vous une nouvelle maîtresse ?
Pierre Salviac : Pourquoi aurais-je une nouvelle maîtresse ? Quand celle-ci est la presse, on garde sa maîtresse jusqu’au dernier souffle.

Le grand public n’a retenu que vos commentaires sur le rugby alors que vous avez été grand reporter et que vous avez couvert les JO de 1968, la guerre en Ulster ou encore Apollo 13, est-ce injuste ?
Commentateur de rugby a été un rôle dans le grand théâtre du sport télévisé. Ce rôle m’a apporté des émotions, de la notoriété et le standing qui va avec. M’a-t-il donné satisfaction ? Oui, parce que grâce à lui, je me suis intéressé à la géopolitique de la planète rugby. Mais je me suis senti davantage valorisé dans le rôle d’interface entre des événements extraordinaires et le public. Témoigner à propos de la révolution du peuple afro-américain via le JO de Mexico, relater l’épopée extraordinaire de la Nasa ramenant sur terre des astronautes promis à la mort dans la périphérie de la lune, expliquer l’inexplicable Irlande divisée par la religion et réunie par le rugby, exprimer les peurs d’un blanc dans une Afrique noire voulant se délivrer du joug de l’Apartheid. Ce sont des situations que le grand reporter vit de manière extrêmement forte. Elles impriment sa mémoire pour toujours. Si j’ai écrit cette bio, c’est pour apprendre aux lecteurs que j’ai eu une vie professionnelle plus riche que celle d’un commentateur de matchs.

Vous pratiquez aussi l’auto-dérision en ne vous épargnant pas notamment lors des JO de Mexico ou encore lors du tweet par rapport à Valérie Trierweller, est-ce un exercice salutaire, indispensable quand on fait ce métier ?
Je n’ai fait que parler vrai. J’ai fait ça toute ma vie. En agissant ainsi, j’ai essayé de me guérir de la compagnie des faux-culs et des imposteurs tout en constatant que je n’étais pas parfait, que j’avais fait des erreurs. Mais l’action ne demande que fautes.

Que diriez-vous à un jeune de 20 ans qui veut devenir journaliste ?
Que dire ? Lis ce livre. Rêve en pensant que tout ce qui m’est arrivé comme journaliste est possible. Mais que tout se gagne par le travail, le parler vrai. Si tu es capable de regarder et de rapporter peut-être as-tu l’ADN du journaliste.

Vous vous définissez comme un besogneux, n’êtes-vous pas trop dur avec vous-même ?
Besogneux est la moindre des choses quand on n’est pas naturellement doué. C’est le seul moyen d’être compétitif avec ceux qui sont bien nés. Se définir comme besogneux, c’est se dire chaque jour que, sans le travail, le talent n’est qu’une seconde nature.

Dans ce livre, vous égratignez Bernard Lapasset, Nelson Montfort, cela vous a fait du bien ?
Mon livre n’est pas un règlement de compte. Les deux personnages que j’égratigne ont gagné cet honneur. Ce politicard et cet imposteur symbolisent la pire catégorie d’homme que mon métier m’a fait côtoyer. J’ai voulu mettre des noms sur des exemples pour mieux exprimer le mépris que m’inspirent ces gens-là.

Que manque-t-il à votre carrière de journaliste ?
Il ne me manque rien. Comme je l’écris : « J’ai eu une vie de milliardaire sans les milliards » Cela n’a pas de prix.

Vous êtes un des premiers journalistes à utiliser les statistiques, aviez-vous raison avant les autres ?
J’ai utilisé les statistiques parce que c’était la façon de travailler de mon maître Bill McLaren, l’anti-Couderc de la BBC. Travailler sur la base des statistiques, c’est donner du crédit à un avis. C’est très britannique comme fonctionnement. Mais je constate qu’aujourd’hui, ma façon de travailler est davantage copiée que celle de Courderc. Je devais donc avoir raison avant les autres, même si au pays “d’allez les petits”, cela m’a valu beaucoup de critiques au début.

Dans ce livre, vous utilisez les QR codes (NDLR : utilisable avec un téléphone intelligent ou une tablette) pourquoi cette innovation ?
Des QR codes parce que je suis un geek. J’ai innové parce que j’ai voulu rassembler dans un livre deux modes d’expression que je juge complémentaires : l’écrit et la vidéo. L’image crédibilise l’écriture. Je pense que demain tous les livres revisitant l’histoire seront mixtes comme le mien. Je ne serai pas fâché si on me dit que j’ai été un précurseur. J’ai beaucoup innové dans ma vie professionnelle comme le rapporte ma biographie.

Êtes-vous en train d’écrire ce fameux roman sur le Vietnam ?
Écrire un huis clos sur la toile de fond de la guerre du Vietnam est une petite musique qui me trotte dans la tête depuis longtemps. Serais-je capable de la faire ? J’attends ce savoir si ma biographie est un succès de librairie avant de prendre une décision.

La coupe du monde débute dans quelques jours, qui sont vos favoris ?
Deux favoris : La Nouvelle-Zélande, parce qu’elle est, en rugby, la meilleure nation du monde. L’Angleterre, parce qu’elle est la nation organisatrice. Le problème est que l’Angleterre a gagné sa Coupe du Monde dans l’hémisphère sud et que le Nouvelle-Zélande n’a pas réussi à en gagner une dans l’hémisphère nord. Alors…

Propos recueillis par Philippe Brégowy

(*) “Merci pour ces moments, 50 ans de grand reportage” de Pierre Salviac, Éditions talent sport. 265 pages, nombreuses illustrations. 19 euros.



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