Echillais : l’histoire d’un crash d’avion il y a 70 ans

Publié le 26 décembre 2015 | Week-end

Leslie Doniger et le carnet de vol de son père.

Leslie Doniger et le carnet de vol de son père.

Le 3 décembre 1945, un avion britannique s’écrasait à Échillais, tuant 28 soldats rentrant chez eux. 70 ans plus tard, la commune leur a rendu hommage.

Presque personne ne se souvient de cette journée du 3 décembre 1945 à Échillais. Ce lundi, il est 14 h lorsque le Liberator, un avion de transport de troupes britannique, survole la Charente-Maritime. Il avait décollé de Malte pour rapatrier 28 soldats britanniques pour les fêtes de Noël, un retour attendu tout juste après la fin de la guerre. Mais au-dessus d’Échillais, un orage éclate, et un éclair frappe l’avion. Celui-ci explose en plein vol et s’écrase aux Chaumes. Aucun passager ne survit au crash.

La nouvelle commence à se répandre, d’autant plus que des témoins ont vu l’accident. C’est le cas de Michel Guillet, échillaisien qui avait 8 ans à l’époque. « J’étais dans la cour de l’école, sous le préau. C’était pendant la récréation : on a vu tomber l’avion, il a explosé en l’air. On n’a appris qu’après ce qui s’était passé ». Même chose pour Guy Minaud, qui habitait Monthérault : « J’y ai assisté depuis chez mes parents. J’avais 6 ans, j’étais devant la maison quand j’ai entendu le bruit d’un avion. Il y a eu un coup d’orage, puis l’avion est tombé avec une traînée de fumée. On a su ce qui s’était passé à l’école : la directrice nous a dit qu’il y avait eu un crash d’avion dû à l’orage. J’avais un oncle qui était pompier de la Marine à Rochefort et qui a été dépêché sur place pour récupérer les corps avec la gendarmerie. Je ne m’en souviens pas beaucoup car à 6 ans, on ne voit pas les choses comme un adulte ».

Des pillages
Mais le témoignage le plus édifiant est celui de Paulette Caillaud, 25 ans à l’époque. « Je me souviens de rumeurs sur une famille d’agriculteurs au Pillet. On a raconté que la femme avait pris ce qui en valait la peine sur les lieux ». Ces rumeurs se sont malheureusement avérées vraies, certains habitants du secteur s’étant rendu sur place pour dépouiller les cadavres et l’appareil. Une période peu glorieuse qui explique pourquoi personne n’osait parler du crash, et pourquoi l’accident a fini par être oublié.

C’est justement pour se souvenir de ces événements que le maire d’Échillais, Michel Gaillot, et celui de Trizay, Michel Doublet, ont organisé, le 3 décembre, une cérémonie de commémoration. Soixante-dix ans après la cérémonie d’inhumation des soldats britanniques au cimetière de la Marine à Rochefort. Ce jeudi, outre les autorités civiles et militaires, il y avait aussi Leslie Doniger, bientôt 70 ans. Il est venu rendre hommage à son père, le pilote Leslie Slack, qu’il n’a jamais connu.

13 ans d’enquête
Leslie Doniger porte aujourd’hui le nom de son beau-père. Il est né 10 semaines après la mort de son père dans le crash. « J’ai appris ce qui s’était passé quand j’étais jeune enfant, j’avais 5 ou 6 ans », se souvient-il. En anglais, il raconte son enquête, menée depuis 2002, pour reconstituer le fil des événements ayant mené au crash du Liberator. Cette année-là, il visite le cimetière de la Martine de Rochefort, où est enterré son père. « J’ai trouvé une note dans l’église de Christian Humbert (Ndlr, Président de l’Entente patriotique), qui racontait ce qui s’était passé. Je lui ai écrit, et il m’a répondu ». L’année suivante, il contacte le Royal Air Force Museum, qui lui communique une copie du compte rendu des faits.

En 2005, Leslie Doniger revient à Rochefort et commence vraiment son enquête. Il laisse ses coordonnées à l’office du tourisme, un lieu de passage obligé pour ceux qui veulent visiter le cimetière de la Marine afin d’en récupérer les clés : « Je leur ai dit “Si des gens visitent le cimetière, donnez mon adresse mail” ».

Un problème moteur ?
De retour en Angleterre, il poursuit ses investigations et collecte de nombreux documents, dont le carnet de vol de son père. C’est comme cela qu’il a pu reconstituer en partie le drame qui s’est joué à Échillais. « En septembre, 1945, mon père a été transféré au Transport Command avec le Liberator », explique Leslie Doniger. C’est donc comme pilote de transport de troupes que Leslie Slack décolle d’Angleterre le 14 novembre pour se rendre au Moyen-Orient, où il effectuera plusieurs vols.

Selon les documents récoltés par Leslie Doniger, le Liberator était stationné à Lydda, en Palestine (actuellement Lod en Israël), lorsqu’un problème de moteur a été rapporté. « Ils attendaient des pièces détachées pour pouvoir réparer, explique le fils du pilote. Est-ce qu’il y a un lien avec l’accident ? Je ne sais pas », conclut-il.

Le 3 décembre 2015, 70 ans après le crash, un fils a retrouvé son père, en mémoire, après une enquête de plusieurs années.



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