Essouvert : « C’est au-delà de ce que j’avais imaginé »

Publié le 22 septembre 2021 | Canton St Jean d'Y / Essouvert | Chez nous | Locales | Saint-Jean-d'Angély et alentours | Société / Gens d’ici

Durant près de trois mois, Bruno Depierrois a effectué un tour de France des Ehpad pour échanger avec des résidents de tout le pays. Un périple de 83 jours et de 6500 km qui l’a conduit à vivre une aventure humaine hors du commun.

Il y pensait depuis longtemps et a fini par accomplir son rêve. L’épopée de Bruno Depierrois, ancien travailleur social du Département aujourd’hui à la retraite, a commencé le 26 mai dernier lorsqu’il a quitté son domicile à vélo en direction de Saint-Julien-de-l’Escap pour se rendre aux Jardins de Mathis, le premier d’une longue série d’Ehpad visités dans tout le pays. Un projet que l’Essouvertois, qui projetait déjà de faire un tour de France à bicyclette, a mûri lors du premier confinement, alors que les établissements étaient durement touchés par la pandémie. Un fil conducteur idéal pour celui qui se dit « passionné par les récits des personnes âgées » et qui souhaitait créer des moments de partage avec eux autour du vélo.

Des souvenirs plein la tête

Revenu depuis le 16 août, Bruno Depierrois est encore émerveillé lorsqu’il évoque ce périple qui l’a profondément marqué. « Le but premier était de découvrir des régions et j’ai vraiment eu l’occasion de passer dans des endroits incroyables, notamment en Bretagne et en Alsace. Physiquement, mon corps n’a pas trop souffert malgré de grosses journées et je n’ai pas été embêté par la mécanique, avec seulement une crevaison », raconte le cycliste, qui retient avant tout les rencontres qu’il a pu faire. « C’est au-delà de ce que j’imaginais et cette expérience me prouve que l’on peut avoir de l’espoir dans l’être humain. » Il faut dire que l’Essouvertois a dû régulièrement aller à la rencontre des inconnus pour trouver l’hébergement. « Certains étaient un peu méfiants mais au final, je n’ai pas eu beaucoup de refus et bon nombre des personnes qui m’ont accueilli ont fait jouer leur réseau de connaissances partout en France pour me trouver des points de chute. »

D’autres n’ont pas hésité à lui prêter main-forte pour l’aider à transporter ses 23 kg de matériel, qu’il tractait dans sa petite remorque, en particulier en zone montagneuse. « La plupart de gens s’arrêtaient et un jeune homme m’a même offert un gros morceau de fromage dans les Alpes », raconte Bruno Depierrois, qui a également eu l’occasion de se faire un compagnon de route. « Dans les Pyrénées, du côté d’Arette, j’ai fait la connaissance de Charles. Originaire des Sables d’Olonne, il effectuait également un tour de France qu’il avait intitulé Je roule pour la terre. Il collectait les déchets qu’il trouvait sur la route dans de gros bidons en plastique accrochés à son vélo. Après une journée ensemble, nos chemins se sont séparés mais quelques semaines plus tard, nous nous sommes recroisés complètement par hasard sur une route vicinale de Bretagne. Comme quoi le monde est petit », s’amuse le cycliste.

Du côté des Ehpad, l’Essouvertois a pu observer la grande disparité qu’il existe entre les établissements au niveau de l’animation. « Il y en a où il n’y avait personne pour m’accueillir, alors que je les avais informés de ma venue plusieurs semaines à l’avance. Une fois, j’ai même pris la décision de partir au bout de 5mn », regrette Bruno Depierrois, qui a eu largement eu l’occasion de compenser ces quelques déceptions avec de grands moments d’échange.

Un film sur son aventure

« J’ai reçu un accueil particulièrement formidable à Beaucourt, dans le Territoire de Belfort. Dans le cadre de ma visite, ils avaient fait appel au conservateur du musée pour organiser une journée entière d’événements consacrée au vélo. Ils ont mis en place une exposition avec de très belles pièces dont l’un des premiers vélos à pédale de France datant de 1862 », raconte le cycliste.

Autre souvenir marquant : la rencontre avec Arthur, un résident de 95 ans de l’Ehpad d’Oye plage, dans le Pas-de-Calais, qui a eu l’occasion de faire un tour de tricycle avec lui. « Il n’était pas sorti depuis très longtemps et ça lui a fait a fait du bien, on aurait dit un petit enfant. Avec ce type d’appareils, on peut clipper le fauteuil roulant de la personne. C’est vraiment très pratique et j’aimerais, avec l’association Vals de Saintonge mobilité dont je fais partie, que l’on monte un projet pour que les établissements de notre département puissent s’en équiper », explique Bruno Depierrois. Sans oublier son passage au Pellerin, en Loire-Atlantique, lors des derniers jours de son aventure. « J’étais avec mon petit-fils et à la fin de mon intervention, un homme m’a interpellé en m’expliquant qu’il avait fait du vélo avec mon père. À ce moment-là, je me suis dit que la boucle était bouclée », assure l’Essouvertois.

Une aventure humaine hors du commun qui pourrait bien, à terme, faire l’objet d’un film. « Tous mes entretiens avec les résidents étaient filmés. En tout, j’en ai collecté près de 300. Je portais également une caméra Go pro pour me filmer sur la route et en tout, il y a environ 40 heures de vidéo », affirme le cycliste, qui confiera le montage à son fils. « J’ai promis à tous les Ehpad de leur faire parvenir les témoignages. Lorsque la production sera terminée, j’aimerais également organiser une soirée à Essouvert. Il faut que je m’y mette mais je vais attendre l’hiver, lorsque les beaux jours seront partis », conclut Bruno Depierrois.