Le choix de L’HEBDO : retour de la binette dans nos communes

Publié le 19 janvier 2017 | Actualité | Le choix de L'HEBDO

Claire Panou, agent aux espaces verts de la commune de Thairé, a accueilli à bras ouverts le “0 pesticide“

La loi Labbé interdit les produits phytosanitaires dans les espaces verts de nos communes depuis le 1er  janvier 2017. Un retour à l’huile de coude déjà effectué à Thairé.

Depuis 2013, la commune de Thairé est totalement sans phyto. Tout se fait à l’huile de coude car même les biocides sont proscrits. Une initiative à laquelle Claire Panou, agent aux espaces verts, adhère à 100 % : « Même avec les biocides j’avais des réactions alors que j’utilisais des gants et un masque », explique-t-elle. Car on l’oublie souvent, ce sont les agents communaux qui étaient en première ligne des effets néfastes des pesticides qu’ils devaient allègrement pulvériser pour que nos trottoirs aient l’air immaculé. Et bien maintenant, il faudra s’habituer à ce que de petites herbes folles viennent verdir nos villes et nos communes. Un bien pour les agents mais aussi pour nous, car à chaque pulvérisation de pesticides sur nos trottoirs, c’est autant de produits phytosanitaires qui se retrouvent directement dans les nappes phréatiques lorsqu’il pleut. Une commune sans pesticide est donc l’affaire de tous. D’autant plus qu’à compter de 2019, la commercialisation et la détention de produits phytosanitaires à usage non professionnel seront interdites. Une mesure qui vise directement les jardiniers amateurs.

« Porter le dossier à bras-le-corps »
Si à Thairé -commune qui a adhéré à la charte Terre Saine-, Claire Panou a été réceptive à ce passage anticipé au “zéro pesticide“, la mise en place n’a pas été de tout repos comme le confirme Loris Paverne, 2e adjointe chargée du développement durable et des espaces verts : « On n’était pas préparé à la mise en œuvre technique ». À une période où ces idées étaient plutôt neuves dans l’inconscient collectif, « il a fallu porter le dossier à bras-le-corps », ajoute l’élue qui reconnaît avec le recul, tout comme Claire Panou, que le manque de communication avec les Thairésiens sur ce projet a compliqué la donne : « C’est la partie où on a pêché, notamment avec le cimetière qui a cristallisé à lui seul le débat ». Un lieu qui n’est actuellement pas visé par la loi mais que l’équipe a trouvé logique d’inclure dans son programme. Il porte, de plus, une partie émotionnelle du collectif, la municipalité s’étant heurtée à l’agressivité de certains habitants.

Plan d’entretien communal
Il a donc fallu que tout soit repensé : « Nous avons fait un inventaire, espace par espace en définissant ce qui était prioritaire et en mettant en place un calendrier d’intervention tout en tenant compte des contraintes météo et des absences possibles des agents ». Un plan d’entretien communal qui voit aussi les pratiques de travail changer, puisque la binette est l’instrument de base, avec la pénibilité que son emploi entraîne : « Nous avons aussi du matériel électrique peu bruyant, léger et plus ergonomique », rassure Claire Panou.

C’est au cimetière justement que cette dernière et ses collègues ont passé le plus de temps pour mettre en avant le côté végétal : « La transition est difficile à supporter pour les gens. Ils passent d’un espace gris caillou à du gazon et des herbes folles », explique-t-elle. Mais pas si folles que ça ces herbes, car l’agent ne dispose pas ses plantes au hasard. Elle fait des tests et plante des vivaces pour habiller les “entre tombes”. Imaginez sa déception quand certains usagers ruinent ce travail méticuleux en arrosant allègrement le tour de ladite tombe de pesticides ! « Il faut habituer l’œil des habitants », lance-t-elle avec philosophie.

Carine Fernandez



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