L’invité de L’HEBDO : Florent Silloray

Publié le 26 janvier 2017 | Actualité | L'invité de L'HEBDO

Florent Silloray travaille sur son prochain album dont la parution est prévue en janvier 2018

C’est l’auteur de BD qui monte… Le Rochelais Florent Silloray, avec son « Capa, l’étoile filante », ne sera pas à Angoulême cette année… mais a répondu aux questions de l’HEBDO. Il nous a reçus dans le studio BD, là où germe son inspiration.

Comment devient-on auteur de bande dessinée ?
On commence par faire les Beaux-arts, pour mon cas c’était à Nantes. Puis on devient illustrateur pendant 15 ans pour Gallimard jeunesse, Milan et Sarbacane. Et puis cet éditeur crée une collection de bande dessinée. C’est dans cette maison d’édition que j’ai publié en 2011 ma première BD directement inspirée de la vie de mon grand-père : Les carnets de Roger. J’ai aussi participé à un album collectif Paroles de Poilus paru aux éditions Soleil.

Comment prend naissance un album ?
Cela peut se passer de plusieurs façons. Pour mon 2e album (NDLR : Capa, paru en 2016 chez Casterman), c’est moi qui suis allé proposer le sujet à l’éditeur. Les ayants droit de Capa ayant donné leur accord ainsi que l’éditeur, je commence par me documenter sur l’histoire du personnage et on se lance. Cet album m’a demandé plus de 3 ans de travail. J’ai eu la chance de connaître le succès puisque le 1er tirage, 9 000 exemplaires, a vite été épuisé. Et puis Capa a été traduit en plusieurs langues : turc, néerlandais, coréen…

Les personnages de la vie réelle vous inspirent plus que ceux de la fiction, pourquoi ?
C’est vrai. J’ai une appétence pour les sujets historiques. Cela me permet aussi de concilier le dessin avec mes autres passions : l’histoire, la guerre et avec Capa, la photo. J’aime traiter de personnages plongés dans les grands événements. Graphiquement, c’est une époque que j’aime beaucoup.

Quel est l’emploi du temps quotidien d’un auteur de BD ?
Cela dépend des périodes et des projets que je mène. C’est pour cela que j’ai arrêté d’illustrer des livres pour la jeunesse. C’était très chronophage et on demande de réaliser des dessins dans un délai très court. Le travail de documentation me prend beaucoup de temps. Il n’y a pas de journée type. Je donne des cours au Carré Amelot de La Rochelle, interviens auprès du public scolaire… Mais en général, je dessine mieux l’après-midi que le matin. Être dessinateur, c’est comme être musicien, il faut faire ses gammes chaque jour.

Certains auteurs affirment que l’on est davantage libre en BD qu’au cinéma ou en littérature, est-ce votre avis ?
C’est exact. En tant que dessinateur, il n’y a pas de limites… en dehors de celle fixée par notre imagination ! J’assure la mise en scène sans me poser la question des moyens contrairement au metteur en scène de cinéma. Nous avons une liberté de création pour le dessin lui-même, la mise en page, le format ainsi que pour les sujets abordés.

Quelles sont vos références en BD ?
Je viens de racheter des albums de Blueberry. Le trait de graphisme est magnifique. Pour moi Moebius, c’est Michel Ange. J’apprécie aussi beaucoup Nicolas de Crécy, Tardi, Christophe Blain, Manu Larcenet pour son côté sombre.

Quel est votre rêve le plus fou ?
Parvenir à raconter la vie d’un homme sur 20 ou 30 ans. J’aimerais le faire, comme je l’ai réalisé avec mon grand-père, avec quelqu’un de ma famille. Raconter une histoire familiale, c’est aussi raconter l’histoire d’un siècle, d’une époque…

Étienne Davodeau, Riad Sattouf, Joann Sfar, ces auteurs de BD sont passés derrière la caméra, bientôt votre tour ?
Pour Capa, 3 films ont été envisagés et aucun n’a vu le jour… Cela me plairait effectivement. En tant qu’auteur de BD, nous sommes déjà metteurs en scène. On est à la fois cadreur, monteur, décorateur.

Travailler en Charente-Maritime, est-ce un avantage ? un inconvénient ?
Cela fait 18 ans que j’y suis installé et je dispose d’un cadre de vie… super. Avec le train, on est vite à Paris et puis je ne vois pas mon éditeur tous les jours. Nous ne sommes pas au bout du monde ici. Quand je dis à mes collègues qui bossent en banlieue que de mon bureau, j’entends les drisses des voiliers, les mouettes… je peux vous dire que je fais des envieux.

On dit que la lumière est particulière ici. Qu’en pensez-vous ? Vous inspire-t-elle ?
C’est vrai que la lumière d’ici est magnifique. Cette ville est inspirante, c’est une ville de tous les siècles. Gabin et Simenon ont tourné à quelques mètres d’ici… Il y a des touristes toute l’année, il y a toujours de la vie.

Quel est le meilleur moment pour un auteur de BD ?
Le début du projet mais aussi la presque fin de l’album. Le début, c’est la documentation, noircir le carnet de recherche… et puis à 20 pages de la fin de l’album, c’est aussi agréable à vivre. On maîtrise l’histoire, les personnages. On est presque en roue libre. C’est un vrai plaisir.

Et le pire ?
Quand on a fini son album, on connaît presque un baby-blues. Les carnets de Roger m’ont pris 5 ans, Capa 3 ans. On passe tellement de temps avec ce personnage. Pour Capa, j’avais l’impression d’avoir mon personnage dans mon dos lorsque je dessinais. C’est vrai qu’après ce travail, j’ai eu besoin d’un sas de décompression.

Quel est votre dernier coup de cœur en bande dessinée ?
Martha et Alan d’Emmanuel Guibert (paru à l’Association). C’est un très grand livre, le reflet d’une époque, une très belle histoire réaliste… puisqu’Emmanuel a rencontré son personnage sur un marché de l’île de Ré.

Les dédicaces lors des salons de bande dessinée, vous n’en avez pas marre ?
Non, c’est chouette de rencontrer des lecteurs. Et puis quand je vois des collègues râler lors des dédicaces, faut quand même pas exagérer, on ne casse pas des cailloux en Sibérie ! Rencontrer ses lecteurs, c’est très intéressant. J’adore échanger avec eux. En Belgique, j’ai rencontré un lecteur qui venait des Pays-Bas et qui m’avait rencontré à Angoulême. À La Rochelle, j’ai aussi rencontré une dame âgée qui m’a demandé comment on pouvait lire une bande dessinée, elle n’en avait jamais lu. Elle a été touchée par Les carnets de Roger et est revenue quelques minutes plus tard avec des documents de son père qui avait été envoyé au Stalag.

Quels sont vos projets ?
Mon prochain album. Il racontera la vie d’un personnage hors du commun mais méconnu, un espèce de cinglé : Merian Cooper. Il a été un as de l’aviation durant la Première Guerre mondiale, joué dans le premier King Kong, a participé à la création de la compagnie aérienne Pan Am, rejoint les Tigres Volants en Asie pour combattre les Japonais… C’était un aventurier qui est mort dans son lit ! Cet album sortira en janvier 2018 et j’irai bien sûr le défendre au salon de la BD d’Angoulême !

Propos recueillis par Philippe Brégowy



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