L’invité de L’HEBDO : Olivier Falorni, le député anti-tabous

Publié le 1 novembre 2016 | Actualité | L'invité de L'HEBDO

Olivier Falorni devant la statue de Jean Guiton (et sa représentation photographique puisque l’hôtel de ville est en travaux suit à l’incendie survenu en 2013), un « idéal de résistance », pour le député symbole de la « volonté de dire « non »».

Olivier Falorni devant la statue de Jean Guiton (et sa représentation photographique puisque l’hôtel de ville est en travaux suit à l’incendie survenu en 2013), un « idéal de résistance », pour le député symbole de la « volonté de dire « non »».

Entré au parti socialiste en 1999, débarqué en 2012 mais élu député de la Charente-Maritime, Olivier Falorni veut être un parlementaire « au boulot ».

Olivier Falorni, député de la première circonscription de La Rochelle s’est attaqué à des sujets « tabous » pour notre société. Retour sur le parcours d’un député atypique.

Votre famille est originaire d’Italie. Pourquoi a-t-elle choisi la Charente-Maritime pour s’établir ?
Mes arrière-grands-parents ont fui l’Italie fasciste dans les années 20. Ils ont voulu émigrer en France pour rejoindre ce qui était un Eldorado démocratique. Ils se sont installés en Charente-Maritime et ont travaillé à la manufacture de La Pallice. Dans ma famille, on ne parlait pas italien à la maison, parce que les Italiens n’étaient pas les bienvenus sur le territoire français. Ils ont dû s’intégrer en choisissant l’assimilation et en gommant leur culture. Dans cette logique, mon grand-père a passé le concours de l’école Normale pour devenir instituteur. La reconnaissance suprême pour un enfant d’émigré.

Vous étiez vous-même professeur d’histoire-géographie. Comment passe-t-on de prof à Doriole à député ?
J’ai eu une double satisfaction en juin 2012, la quasi-totalité de mes élèves ont eu le bac et j’ai été élu député. J’ai mené de front les deux engagements et cela vient de l’éducation que j’ai reçue de mon grand-père qui avait la grande fierté d’être enseignant et la conviction que c’était le plus beau métier du monde.

Vous avez commencé votre carrière politique au PS. Qu’est-ce qui vous a séduit dans les idées du parti socialiste ?
Mon intérêt pour la politique date de bien avant 1999, mon entrée au PS. Celui qui m’a intéressé à la vie politique c’est Michel Crépeau. Je suis né en 1972, il a été élu maire en 1971 et est décédé en 1999. Moi, qui ai vécu à La Rochelle toute ma vie, je suis de la génération Crépeau qui n’a connu que ce maire. J’ai vu avec beaucoup d’admiration ce qu’un élu pouvait faire pour une ville. Comme quand Michel Crépeau fait venir François Mitterrand et Helmut Kohl pour un sommet franco-allemand et leur fait poser la première pierre d’une université dont la création n’est même pas décidée. C’est un exemple parmi d’autres de ce que peut être le volontarisme politique. L’élu local, le tribun et le républicain m’ont séduit. Puis j’ai rejoint le parti socialiste parce qu’il avait décidé de venir à La Rochelle pour ses universités. Même si j’étais réticent à m’engager dans un parti parce que je craignais d’être enfermé, bridé. J’avais l’image des partis politiques qui est d’ailleurs celle de beaucoup de jeunes aujourd’hui : des lieux où la parole n’est pas forcément libre et où on est enfermé dans des carcans. ça s’est avéré en partie vrai.

Justement, aujourd’hui, votre parole est-elle plus libre ?
Oui, forcément. Quand j’occupais des fonctions au sein du parti socialiste, j’avais la responsabilité de parler au nom de tous. On sait bien qu’au parti socialiste les pensées sont diverses et qu’il n’est pas toujours facile de faire la synthèse. On est toujours comme un équilibriste et dans un état d’inflexion de sa pensée personnelle. Aujourd’hui, j’ai la chance -qui m’a été offerte sans le vouloir- d’être un député libre de dire ce qu’il veut.

C’est important ?
C’est fondamental. Et je crois que c’est ce qu’attendent les citoyens. Ils n’attendent pas d’avoir des députés godillots aux ordres d’appareils politiques, mais ils attendent des députés au boulot. C’est ce que je m’efforce de faire au quotidien avec mes convictions, mes valeurs, mon histoire et en essayant de prendre des positions en fonction de ce que je pense être juste.

Quelle est votre vision des partis politiques ?
D’abord, je considère qu’il n’y a pas de démocratie sans partis politiques. Je ne suis pas de ceux qui disent « haro sur les partis ». Par contre je pense qu’il faut qu’ils se réforment du tout au tout. Ils sont aujourd’hui dévitalisés et ont perdu en grande partie leur représentativité. Ils ne jouent plus leur rôle de laboratoire d’idées. Ce sont des machines à investiture, d’où l’émergence de nombreux clubs de réflexion. On a aujourd’hui l’impression que les partis sont plus préoccupés par l’organisation de primaires et l’attribution d’investitures que par la définition d’un programme présidentiel et législatif.

Comment voyez-vous le PS aujourd’hui ?
J’ai l’impression qu’aujourd’hui, il y a deux partis socialistes. Entre les frondeurs et les légitimistes, il y a une fracture qui me paraît difficile à combler. La primaire risque de les voir s’affronter de manière assez violente. Je ne sais pas dans quel état le PS sortira de 2017.

Quelle est votre vision des prochaines présidentielles ?
Très floues. Je dois avouer que rarement une élection présidentielle aura été aussi difficile à prévoir, à analyser. L’irruption des primaires ouvertes généralisées fait qu’aujourd’hui on est à une présidentielle à quatre tours.
Le paradoxe est que certains estiment, à tort ou à raison, que les présidentielles seront finies au 2e tour des primaires de la droite. Il n’y a presque qu’une seule certitude, c’est que Marine Le Pen sera au 2e tour des présidentielles. On nous aurait dit ça il y a 5 ou 10 ans, personne ne l’aurait imaginé. Personne n’est en mesure d’affirmer aujourd’hui qui sera le prochain président de la République.

Qu’est-ce que ça représente pour vous d’être député en 2016 ?
Le mandat de député est ce qu’on veut en faire. J’ai gagné ma liberté, j’en use, car la démocratie ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. Pour être très franc, il y a une part de frustration depuis le début de mon mandat, c’est celle de voir un déséquilibre de nos institutions avec une prééminence de l’exécutif sur le législatif, symbolisée par l’utilisation du 49-3.
Mais elle ne doit pas mener à la résignation, car les parlementaires disposent d’outils dont il faut se saisir, comme le droit d’amendement, le pouvoir d’interpellation des ministres et celui des commissions d’enquête.
Ils permettent de faire avancer les choses à travers des rapports mais aussi des propositions de loi et par le biais des diverses initiatives parlementaires.

Justement les abattoirs, la prison et la radicalisation, pourquoi avoir choisi de travailler sur ces sujets-là ?
Je veux traiter des sujets qu’on n’aborde pas, qui sont tabous, qui sont cachés, qu’un député peut mettre en lumière. Cela peut bousculer. Je veux avoir une action qui enfonce les portes fermées et faire des propositions qui n’enfoncent pas des portes ouvertes.

Briguerez-vous un autre mandat de député ?
Il y a un temps pour tout et le temps de l’annonce et de la candidature n’est pas venu.

Propos recueillis par Carine Fernandez



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