L’invitée de L’HEBDO : Madeleine Chapsal ou la passion de la vie

Publié le 22 novembre 2016 | Actualité | L'invité de L'HEBDO

Madeleine Chapsal dans le jardin de sa maison de Saintes, une ville où elle laisse aussi exprimer son amour pour l’écriture : « Ce que j’aime, c’est écrire le matin. Je me lève, je prends un café et je saute sur l’ordinateur ».

Madeleine Chapsal dans le jardin de sa maison de Saintes, une ville où elle laisse aussi exprimer son amour pour l’écriture : « Ce que j’aime, c’est écrire le matin. Je me lève, je prends un café et je saute sur l’ordinateur ».

Elle a l’œil qui pétille et le regard rieur de ceux qui savent rester éternellement jeunes. Sous sa chevelure de feu, Madeleine Chapsal cultive sa passion pour la vie.

C’est à partir d’août 1981 que Madeleine Chapsal a commencé à tisser des liens avec la Charente-Maritime. L’écrivain nous a reçus dans sa maison de Saintes, à quelques pas de la rue Fernand-Chapsal (son illustre grand-père). Elle nous parle de la Saintonge et de son rapport à l’écriture.

Que représente cette maison pour vous ?
Je suis la 4e génération ici. Il y a eu mon arrière-grand-père Cyprien. Puis mon grand-père Fernand, qui a été ministre et maire de Saintes, il y a fait énormément de choses : le jardin public, les égouts, le musée archéologique… Et enfin, mon père qui venait ici de temps à autre et qui y a pris sa retraite.

Y avez-vous des souvenirs d’enfance ?
Non, car mes parents ont divorcé lorsque j’avais 7 ans et ma belle-mère n’avait pas grand plaisir à nous voir ma sœur et moi. Je n’y faisais que des passages jusqu’à ce que ma belle-mère meure en 81. J’ai alors fait la connaissance de mon père que je connaissais fort peu. Il m’a beaucoup parlé et je lui ai fait écrire un livre : Cent ans de ma vie, qui a été très bien accueilli. Ça a été une de ses dernières joies de se dire « je suis un écrivain après tout ! » Il aurait voulu être artiste, mais il a dû faire de grandes écoles et s’est retrouvé à la Cour des Comptes. Il est mort ici, sa main dans la mienne, en 1993. Il m’a fait faire le tour du département qu’il connaissait très bien puisque, lors des campagnes électorales de mon grand-père, il était son directeur de cabinet et ils allaient partout.

Affectionnez-vous d’autres endroits ici ?
Pontaillac… ce sont les souvenirs d’enfance. En août, nous allions à l’hôtel Miramar avec mon père. Mes cousins étaient là. Papa nous faisait nager, il y avait des glaces délicieuses… c’était un bon moment.

Et l’île de Ré ?
Oui. Il y a 3 ans, j’ai dû me séparer de la maison que j’avais fait construire aux Portes. Ça a été un gros chagrin. J’allais sur l’île bien avant le pont, il n’y avait que les gens du cru. C’était un endroit merveilleux.

À Saintes, vous avez eu bien des expériences…
J’ai subi la crue en 93 et j’en ai fait un livre, L’Inondation et un poème, La Dérivée. J’ai aussi écrit Dans la tempête après l’ouragan de 99. J’y ai créé un journal : Le Quart d’heure charentais ; ça a duré un an et demi. J’ai appartenu à l’Académie de Saintonge. J’ai aussi fondé les Marchés romanesques ; tout le monde adorait qu’on puisse vendre des livres entre les poissons et les fruits. Et puis, ils ne nous ont pas renouvelé notre subvention…

Qu’avez-vous écrit dans cette maison de Saintes ?
La Maison de Jade qui est devenu un best-seller. Et en ce moment, j’écris mes mémoires.

Est-ce important de laisser une trace ?
Ça m’a été beaucoup demandé. Mais je n’ai pas envie de faire ça de manière chronologique. Je le fais par tranches : l’enfance dans la haute couture avec ma mère et ma marraine Vionnet, Jean-Jacques et L’Express, la psychanalyse puis, ma vie d’écrivain.

Avez-vous toujours écrit ?
Oui. Journaliste, j’interviewais de grands écrivains mais je n’avais pas la prétention de me dire « tu peux en faire autant ». D’ailleurs, je ne pouvais pas en faire autant, mais je pouvais quand même être publiée et je l’ai été. Mais, c’est curieux, mes livres ont eu pas mal de succès et je n’ai jamais eu un prix littéraire…

C’est un regret ?
Non, parce que j’en pense plutôt du mal des prix littéraires, j’étais au jury du Fémina et puis, ils m’ont expulsée.

D’où vient l’inspiration ?
De l’intérieur. Je rêve énormément et je me souviens souvent de mes rêves. Cette nuit, j’ai rêvé de Sonia Rykiel et de robes. Je pense que l’on a en soi un réservoir inconscient de tout ce que l’on a vu, qui vous revient parfois dans les rêves.

Quels écrivains vous ont marquée ?
Ceux avec qui je me suis lié d’amitié comme Prévert et Giono. Ils sont à peu près tous morts… même Sagan qui était plus jeune que moi ! Là, j’ai perdu mon éditeur Claude Durand, Michel Lys, Régine Desforges, Sonia Rykiel, mes chiens, mes chats. Le problème quand on vieillit, c’est que ça se dépeuple autour de vous.

Avez-vous un souvenir particulier d’écriture ?
La Maison de Jade… ça a été tellement pénible. Il y a quelque chose qui a dominé ma vie, c’est que je n’ai pas pu avoir d’enfant. Dans La Maison de Jade, je parle de mon expérience avec quelqu’un de plus jeune que moi qui m’assurait qu’il serait toujours à mes côtés, et qui un jour m’a dit vouloir des enfants et m’a quittée. Je ne savais pas que ce livre aurait un tel succès.

Ne pas pouvoir devenir mère a aussi bouleversé votre vie avec votre mari Jean-Jacques Servan-Schreiber…
Oui et au bout de 13 ans de mariage, j’ai dit à Jean-Jacques : « si on divorçait », et il m’a répondu « c’est une idée ». J’aurais aimé qu’il me dise « non, continuons ». On a divorcé en 60, il a épousé Sabine et David est né en 61. Et comme nous étions restés très bien ensemble, les quatre fils sont venus vers moi. J’avais 35 ans, j’avais connu leur père quand il en avait 17 et ils voulaient savoir comment il était à cette époque. Ce qui fait que j’ai eu des enfants, si je puis dire, par personne interposée.

Et vos livres, ne sont-ils pas un peu vos enfants ?
C’est ce que disait Dolto et je lui répondais : « écoute, mes livres, ils ne me téléphonent pas le dimanche ! ». Mais je crois que ça soutient quand même d’avoir écrit tout ça. Dolto a dit « toute expérience même douloureuse porte un fruit, le tout c’est de savoir le cueillir ». Alors pour moi, quelquefois le fruit c’est un livre. Elle disait aussi « écrire dédramatise ». Et c’est vrai.

Avez-vous d’autres passions que l’écriture ?
Je peins et je devrais exposer au Croisic. Le maire me l’a proposé après une conférence. Car je donne aussi des conférences sur les écrivains que j’ai rencontrés, sur la création de L’Express, sur mes rapports avec Françoise Giroud… ça amuse toujours les gens. Et puis sur mes livres et moi. Mes amis disent : « quand il arrive quelque chose à Madeleine elle écrit un livre ». Ce qui fait que c’est un peu difficile pour mes mémoires parce que j’ai déjà quasiment tout écrit !

Comment faites-vous ?
J’écris autrement, avec le recul. François Mauriac m’a dit : « avec le temps, les vieux chagrins deviennent d’anciens bonheurs ». Vivre est quelque chose d’extraordinaire ! Les gens ne s’en rendent pas assez compte, c’est tellement unique d’être sur cette planète, que même si vous êtes très malheureux, il y a au fond de vous quelque chose qui est heureux d’être là quand même. En tout cas, pour moi, c’est comme ça.

Propos recueillis par Christelle H.-Péguin



Laissez un commentaire

Vous devez etre connecté pour laisser un commentaire.