Rochefort : Gérard Vendel, la mémoire du percheron français

Publié le 29 décembre 2017 | Chez nous | Rochefort et alentours

Gérard Vendel devant sa bibliothèque qui retrace la généalogie des percherons depuis 1884

Du haut de ses 86 printemps, Gérard Vendel, ingénieur agronome et ancien enseignant en lycée agricole, sait tout des lignées des percherons français. Un animal pour lequel il voue une passion sans borne.

Parlez des chevaux, pas de moi“, lance Gérard Vendel. Mais que seraient les chevaux dans notre monde moderne sans ces hommes dont ils sont la passion. Une passion arrivée sur le tard, puisque sa formation l’a d’abord mené à Madagascar en 1949 où il resta 20 ans : “J’y ai mené un troupeau de vaches Normandes pour les sélectionner et les croiser avec le zébu et construire un cheptel laitier autour de Tananarive. Avec la révolution, ma carrière s’est éteinte avec un coup de pied de zébu“, plaisante-t-il. Le scientifique s’est ensuite dirigé dans l’enseignement agricole, dans l’Orne puis dans le Puy-de-Dôme.

788 poulains nés en 2016
Alors jeune retraité et ne voulant plus s’occuper ni de vaches, ni de porcs, Gérard Vendel répond à une demande d’éleveurs percherons pour mettre le nez dans la génétique de ses produits : “Partie de son berceau dans le Perche, principalement Nogent-le-Rotrou, la race s’est développée à travers le monde“, explique-t-il. La société hippique percheronne de France a été fondée en 1883. Plus de 300 000 percherons sont nés en France depuis et sont identifiés. Une race qui compte 788 poulains nés en 2016 et qui va “relativement bien“, selon Gérard Vendel.

Aujourd’hui, c’est depuis sa modeste maison de Rochefort que Gérard Vendel répond à toutes les sollicitations d’éleveurs de percherons. Grâce à ses plus de 20 ans de recherche auprès de ces chevaux, couplée à une belle carrière de juge de concours modèles et allures jusqu’en 2015 “de Normandie jusqu’à Surgères“, il est la mémoire vivante des différentes souches de percherons en France. Des informations capitales pour les éleveurs français encore plus aujourd’hui alors que l’État a jeté l’éponge de l’élevage de chevaux en faisant disparaître les haras nationaux : “L’intérêt est les cinq premières branches de la généalogie pour ne pas mettre trop de consanguinité“, précise l’expert.

En 1992, des percherons américains sont importés en France, donnant un peu plus de travail à Gérard Vendel et surtout encore plus d’intérêt à sa tâche : “Il y a certains éleveurs qui ne veulent que des percherons purs français. C’est là que je joue un rôle important car je sais déterminer s’il y a du sang américain ou pas“.

Un appel d’Afrique du Sud
Les éleveurs du monde entier se tournent vers lui : “J’ai eu un appel d’un éleveur d’Afrique du Sud qui avait acheté des paillettes de l’étalon Isidore et qui voulait sa généalogie“.

À chaque appel, c’est deux jours de travail qui attendent Gérard Vendel. Il ouvre alors ses innombrables classeurs dans lesquels sont répertoriés les poulains nés chaque année avec leurs parents. Un travail de fourmi puisque tout est écrit à la main, rien n’est numérisé. Des données qui remontent à 1884 et qui sont compilées par le scientifique : “J’ai ramassé des informations auprès des éleveurs pour constituer toutes ces données“.

De ses données, Gérard Vendel en a fait un livre en 2000 qui compile ses recherches. Une vraie bible pour les éleveurs, éditée à 1 000 exemplaires mais épuisé à ce jour au grand dam des professionnels du monde percheron. “Des Chinois m’ont demandé mon livre la semaine dernière“, raconte l’expert qui poursuit : Les Chinois ont acheté Dynamic le mois dernier, le champion de la race percheronne. On est resté ébloui“.

Mais que deviendra tout ce savoir après la disparition de Gérard Vendel ? Il ne peut décemment pas s’évanouir dans la nature. “C’est un de mes anciens élèves, Jean-Paul Cornet éleveur de percherons, qui récupérera tout“. Espérons qu’il saura poursuivre l’œuvre de son illustre professeur.



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