St-Pierre-d’Amilly : à la rencontre d’un célèbre mathématicien

Publié le 10 avril 2015 | Week-end

Vincent Courboulay avec en main l’un des documents exceptionnels.

Vincent Courboulay avec en main l’un des documents exceptionnels.

Joseph Liouville, éminent mathématicien du XIX siècle,  sera bientôt au cœur d’une exposition à St-Pierre-d’Amilly et au-delà.

Quel lien peut-il y avoir entre un mathématicien célèbre, une boîte à chaussure et la ville de St-Pierre-d’Amilly ? A priori rien, et pourtant… C’est auprès du premier adjoint au maire de la ville de St-Pierre-d’Amilly, Vincent Courboulay, enseignant chercheur en informatique à l’université de La Rochelle, que nous avons trouvé la réponse.

Portant la volonté de la municipalité du partage de l’histoire de la commune par le biais de documents d’habitants, il raconte : « Nous avons passé en septembre et en octobre dernier un article dans le bulletin municipal expliquant notre volonté de numériser des archives de particuliers pour les partager avec tous les habitants. Lors des vœux de la municipalité en janvier dernier, plusieurs personnes se sont manifestées. »

Parmi elles, Hélène Drouineau, aborde le sujet d’archives étant en sa possession qui concernent Joseph Liouville, un ancêtre de sa famille. Dans la tête de l’enseignant-chercheur, l’éminent mathématicien français dont lui parle cette habitante de la commune fait écho.

C’est dans une boîte à chaussure qu’Hélène Drouineau lui remettra par la suite que Vincent Courboulay découvre ce dont il retourne : « On a trouvé un vrai petit trésor ! ».
Mais pas celui auquel il pensait : « Ce n’était pas des archives scientifiques mais les archives d’une vie, celle d’une sommité scientifique du XIXsiècle. » Il découvre ainsi le diplôme officiel du doctorat de Joseph Liouville. Des correspondances avec des sociétés scientifiques françaises : St-Lô, Cherbourg, Lille, Toulouse : « Cela nous donne une idée de ce qu’était la science au XIXe siècle », confie l’enseignant-chercheur.

Dans cette pile de document, Vincent Courboulay déniche aussi des lettres indiquant que le mathématicien a aussi été membre honoraire des sociétés scientifiques de St-Petersbourg, Vienne, Londres, Boston ou encore Madrid : « L’ambassadeur du roi d’Espagne lui a écrit une lettre. Celui du roi de Suède aussi dans laquelle il écrit que c’est un honneur pour le roi de le compter pour membre de la Croix du Nord. » Mais aussi beaucoup de lettres échangées dans son rôle d’enseignant notamment au Collège de France.

Des trouvailles encore plus personnelles se sont révélées dans ces nombreuses missives, comme la correspondance que Joseph Liouville a échangée avec son père qui était militaire dans une garnison à Toul, en Lorraine.
Mais que faire de tant de trésors ? La réponse s’est rapidement imposée à Vincent Courboulay puisque le laboratoire pour lequel il travaille a récemment acquis un appareil photo extrêmement précis à visée de numérisation de documents. C’est auprès de la propriétaire des documents qu’il s’est ensuite tourné pour obtenir l’autorisation de numériser ce trésor, une idée pour laquelle sa direction l’a également suivi.

Le but est de réaliser une exposition mais pour ce faire, il faut hiérarchiser l’information. Donc numériser pour numériser ne suffit pas et Vincent Courboulay avait besoin d’autres compétences, celles d’un archiviste. « C’est vers Sylvie Fayet, la nouvelle directrice de la bibliothèque de l’université de La Rochelle, que je me suis tourné, raconte-t-il. Nous avons mis une matinée à tout dépioter document par document ». C’est ainsi qu’ils comprennent encore plus l’intérêt sociétal de cette découverte qui s’est ainsi révélé à leurs yeux de chercheurs : « Nous avons toute la vie d’un scientifique de renom depuis son doctorat, jusqu’au discours qui a été prononcé par une personne du collège de France lors de ses funérailles. »

Ainsi, ils découvrent un courrier de Napoléon III, lettres de recommandations mais aussi querelles scientifiques entre Liouville et l’astronome Urbain Le Verrier… Mais voilà, il y a tant à découvrir encore que le premier adjoint a mis des collègues mathématiciens sur le coût : « Trouver un nouveau théorème serait la cerise sur le gâteau ! ». Pour le moment rien n’a encore été déniché, mais peu importe, cette correspondance est déjà fabuleuse du point de vue de la célébration de la mémoire de ce mathématicien, mais aussi de la mémoire scientifique elle-même. Un vrai témoignage du passé et de la pensée scientifique.

Carine Fernandez



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