St-Saturnin-du-Bois : face à la galère des AVS

Publié le 29 décembre 2015 | Chez nous | Surgères et alentours

À la rentrée du lundi 2 novembre, Lucas s'est retrouvé avec une AVS qu’il ne connaissait pas et qui ne le connaissait pas.

À la rentrée du lundi 2 novembre, Lucas s’est retrouvé avec une AVS qu’il ne connaissait pas et qui ne le connaissait pas.

Le petit Lucas, scolarisé à l’école maternelle de St-Saturnin-du-Bois est un enfant handicapé « triste et en colère ». La raison, la personne qui l’assiste à l’école ne voit pas son contrat renouvelé.

« Pour Lucas, c’est aberrant mais c’est trop tard, le mal est fait. C’est pour les autres enfants que je voulais témoigner », explique Nelly Jarousseau. Alors voici cette histoire. Lucas, 5 ans, est un petit garçon handicapé qui cumule plusieurs pathologies. Il est hémiplégique droit et se déplace donc en fauteuil roulant. Il a aussi un diabète insipide néphrogénique : « Il ne peut pas se débrouiller seul, explique Nelly, sa maman. Il faut le changer, l’aider à manger, il a besoin d’aide dans tout l’apprentissage ».

Lucas est scolarisé en grande section à l’école de Saint-Saturnin-du-Bois où une AVS (Auxiliaire de vie scolaire) l’assiste à chaque instant dans la classe, durant les repas, le sport ou encore les TAP. Cette AVS, Natacha, le suit depuis son entrée en maternelle, elle connaît donc parfaitement ce qu’il faut mettre en place face au handicap de Lucas. Mais voilà, à la rentrée des vacances de la Toussaint, Natacha n’était plus là. Son contrat ayant pris fin, elle a été remplacée par une collègue qui ne connaît pas Lucas, ni ses pathologies et surtout que Lucas ne connaît pas, ce qui a engendré des difficultés supplémentaires dans son apprentissage. « Lucas a expliqué avec des “picto“ à son orthophoniste qu’il était triste et en colère », raconte sa maman. Un désarroi que Nelly Jarousseau avait ressenti chez son fils : « Il est en colère contre nous, contre Natacha et contre l’école. Du coup, il n’y fait plus rien. » Car en plus, ce départ ne s’est pas fait dans la douceur.

Contrat aidé
Si le rectorat est recruteur des AVS, c’est le Pôle Emploi qui leur délivre leurs contrats, qui sont précaires car aidés ; dans le cas présent, la jeune femme avait un contrat unique d’insertion (CUI). En février 2015, la famille rencontre tous les intervenants qui gravitent autour de Lucas lors de la réunion annuelle, pour définir le projet scolaire de Lucas et les besoins et aménagements à mettre en place. La fin du contrat de l’AVS prévu au mois d’octobre a été abordée notamment avec l’enseignant référent des élèves handicapés du secteur : « Il nous a dit que normalement c’était deux ans de contrat mais que j’étais libre d’envoyer des courriers au recteur d’académie, au coordinateur des AVS du secteur… pour essayer qu’il soit rallongé ». Ce que Nelly Jarousseau a fait. En vain, puisqu’on lui a répondu que ce n’était pas possible en raison du contrat aidé. Nelly Jarousseau a laissé Lucas faire sa rentrée normalement et lui a progressivement expliqué que Natacha allait partir : « ça s’est très mal passé. ça s’est traduit pas des vomissements, il ne voulait plus aller à l’école, ni voir Natacha. Il s’est complètement bloqué ». Nelly Jarousseau rappelle alors l’enseignant référant en demandant que les deux AVS puissent travailler ensemble quelques jours pour organiser la “passation“ entre elles deux, ce à quoi il a répondu par l’affirmative. Seule condition, que la directrice de l’école envoie un mail au rectorat et à la MDPH pour que la nouvelle AVS signe son contrat quelques jours en avance. Ce qui a été fait, mais les mails sont restés lettre morte.

Début du mois d’octobre, Nelly Jarousseau apprend qu’aucune passation ne sera faite entre les deux AVS et s’en remet au coordinateur du secteur qui la rassure : par dérogation, le contrat de Natacha peut être prolongé jusqu’à juillet, permettant à l’enfant de finir son année scolaire avec elle. La directrice de l’école, l’enseignante et l’AVS ont fait le dossier nécessaire, pour ce faire, qui a été transmis à Pôle Emploi : « On a attendu 15 jours et pas de nouvelles. Le jour de la fin du contrat de Natacha, l’enseignant référent nous confirme, après s’être renseigné auprès du coordinateur, que le contrat est prolongé jusqu’en juillet ». L’AVS continue donc à s’occuper de Lucas deux jours après la fin effective de son contrat. Mais le soir du deuxième jour, le coordinateur rappelle Natacha pour lui signifier que le Pôle Emploi a refusé la dérogation : « Tout le monde s’est repassé la balle, lâche Nelly Jarousseau en colère elle aussi. En plus, ils nous ont menti en nous disant que deux dossiers de dérogations avaient été acceptés en Charente-Maritime depuis le début de l’année par Pôle Emploi, c’était faux. On a appris qu’ils ont tous été refusés. Ils remettent la faute sur l’AVS qui n’aurait pas dû travailler durant deux jours. Mais on lui avait dit qu’elle le pouvait », assure Nelly Jarousseau qui ajoute qu’en plus, aucune autre personne ne s’est présentée à l’école pour s’occuper de Lucas.

« Il est très déstabilisé »
Une maman qui aimerait que la scolarité des enfants qui ont besoin d’un AVS soit examinée au cas par cas : « On ne peut pas comparer un enfant atteint de dyslexie et un enfant handicapé comme Lucas qui parle peu, a un langage codé, qui ne marche pas. En tant que parents, on était super inquiets parce qu’il s’est retrouvé avec une personne qu’il ne connaissait pas. Il a été très vite déstabilisé, car à un moment Natacha partait, puis, elle restait et maintenant il ne la reverra plus sans lui dire au revoir. Aujourd’hui, c’est le manque d’adaptation qui m’inquiète, pas les qualités de la nouvelle AVS. »

Pour la maman de Lucas, il est évident qu’il demeure un fossé entre les contrats mis en place et la réalité quotidienne d’un enfant sévèrement handicapé et de sa famille. Elle aimerait aussi que la fonction d’AVS soit reconnue comme un métier à part entière, et que les temps de mission tiennent compte de l’enfant suivi.

« Heureusement, on est très soutenus par l’école, la mairie, les parents d’élèves et l’association des paralysés de France. Lucas à toute sa place à l’école parmi les autres enfants. Il a su s’intégrer et les enseignantes font un super boulot avec lui. L’intégration se fait bien, il faut juste lui donner les moyens humains. »

Les dégâts psychologiques sont aujourd’hui irréversibles pour Lucas, qui a fait sa rentrée, lundi 2 novembre, avec une personne qu’il ne connaissait pas et qui ne connaissait pas sa spécificité.

Carine Fernandez



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