Tournage : F.-X. Pelletier de retour du Pakistan

Publié le 14 juillet 2015 | Actualité | Le choix de L'HEBDO

Les Pakistanais viennent voir danser les femmes.

Les Pakistanais viennent voir danser les femmes.

Le Saturninois, François-Xavier Pelletier, de retour du Pakistan, partage à nouveau avec nous son périple, cette fois-ci auprès du peuple Kalash. Ce chercheur, ethnologue et réalisateur ramène un nouveau documentaire dans ses bagages qui sera diffusé à la fin de l’année sur Ushuaïa TV*, dans lequel il fait la part belle à ce peuple descendant de l’armée d’Alexandre le Grand.

C’est à 5 km de la frontière Afghane, à 4 700 m d’altitude aux pieds de l’Hindukush, que François-Xavier Pelletier a posé son sac-à-dos et sa caméra durant un mois. Ce n’est pas la première fois que l’ethnologue rencontrait le peuple Kalash : « C’est le 3e voyage que je fais là-bas. J’y suis allé aussi en 1994, en plein hiver, avec Catherine (Ndlr, Lacroix-Pelletier, son épouse et collaboratrice), puis en 2006. Et je voulais absolument y retourner pour la fête du Joshi, qui est la fête du printemps. »

Les Kalash sont actuellement 4 500 et vivent dans trois vallées très difficiles d’accès. « Ce sont des irréductibles, explique FX Pelletier, qui préservent encore leurs traditions alors qu’ils sont encerclés par le monde musulman qui devient de plus en plus intégriste car il s’engage dans un prosélytisme de plus en plus prononcé ». Peuple monothéiste, les Kalash croient en un dieu qu’ils appellent Khodai, « mais ils ont été considérés comme polythéistes par beaucoup de voyageurs ce qui leur a valu des problèmes avec les musulmans qui les appellent Kafir, c’est-à-dire les infidèles. »

Des indices troublants
Cette communauté pastorale porte haut et fort ses traditions et pas n’importe lesquelles car elle serait descendante des déserteurs de l’armée d’Alexandre Le Grand. Dans les recherches faites par Catherine Lacroix-Pelletier et FX Pelletier, des indices troublants mettent sur cette voie comme le fait qu’ils fabriquent du fromage et cultivent la vigne dont ils consomment le vin. Les femmes portent aussi cette descendance sur leurs vêtements traditionnels, comme sur leurs coiffes « ornées de cauris, coquillages qui symbolisent la fécondité ». Mais pas seulement : « Leur langue natale, d’origine distinctement indo-européenne, comporte de forts éléments grecs et sanscrits. Même s’ils sont monothéistes, leurs croyances et pratiques religieuses partagent de fortes similarités avec le polythéisme de la Grèce antique. Diverses déités locales ayant une forte ressemblance avec Zeus, Dionysos, Apollon et Aphrodite sont encore vénérés dans leurs rites et coutumes aujourd’hui ».

Une lignée qui ne fait pas forcément l’unanimité mais qui semble être avérée par les Kalash eux-mêmes : « Des personnes ont dit que c’était faux, mais le Devar (Ndlr, chaman) appelé Khonawas, dernier père de la tradition qui est décédé le jour où je suis arrivé, est remonté à la tradition Kalash orale et pour lui ce sont bien leurs descendants. Beaucoup ont les yeux bleus et sont blonds. Ils résistent depuis ce temps-là, donc les musulmans respectent aussi leur tradition. »

Cette communauté pastorale vit dans les montagnes à la frontière avec l’Afghanistan.

Cette communauté pastorale vit dans les montagnes à la frontière avec l’Afghanistan.

Un périple à haut risque
Si la pression de l’Islam est bien présente pour les Kalash, FX Pelletier explique qu’ils souffrent bien plus des musulmans Talibans qui ont été poussés par les armées occidentales suite à la guerre qui s’est déroulée en Afghanistan que des Pakistanais avec lesquels ils partagent leur quotidien : « Les Nouristanis ont traversé la frontière à cause de la guerre et posent énormément de problèmes. Al-Quaïda a demandé dans une vidéo de tuer tous les Kalash qui ne se convertissent pas à l’Islam, ainsi que tous les étrangers qui les aident. » Des Nouristanis, « pourtant anciens Kalash » qui ont ainsi la “permission “de commettre des exactions en territoire Kalash : « Ils ont investi un de leurs hauts-pâturages et l’année dernière, ils ont assassiné dans des conditions terribles un jeune berger et lui ont volé tout son bétail. Ils ont aussi kidnappé un Grec qui travaillait avec les Kalash. Ça devient très chaud de voyager dans ces régions-là. »

En raison de la présence des Nouristanis, depuis deux ans l’armée pakistanaise est très présente dans les montagnes occupées par les Kalash. FX Pelletier a donc dû montrer patte blanche pour réaliser son documentaire : « J’ai été obligé d’obtenir un document spécial appelé NOC, “non-objection certificate”, donné après enquête. J’avais aussi un garde du corps pakistanais armé d’une kalachnikov avec moi durant tout le voyage. »

Un handicap, certes, pour s’intégrer dans le quotidien du peuple Kalash, comme le fait FX Pelletier à chacun de ses voyages, mais nécessaire face à ce périple qui s’est avéré à haut risque : « Je vivais avec une famille qui au début voulait imposer un garde-du-corps Kalash, mais finalement ils ont fini par adopter celui qui m’accompagnait parce qu’il était très sympa. J’avais aussi un assistant Sohaib, musulman de Chitral ». Cette ville est la principale du district éponyme situé dans la province de Khyber Pakhtunkhwa au nord du Pakistan, et donc près de la frontière afghane.

Une confrontation à l’Islam qui est difficile à vivre chaque jour pour les Kalash, « un peuple dans lequel les femmes sont très libres, elles ne sont pas voilées, elles ont un rôle très important dans leur société » (lire encadré). Ce peuple vit aussi différemment sa religion. Les Kalash ne prient qu’à l’occasion de l’organisation de cérémonies qui durent 3 jours, comme celle du Joshi que FX Pelletier a filmé : « Leurs fêtes sont faites de sacrifices et de danses, c’est très fort. Des touristes pakistanais viennent y assister, notamment aux danses des femmes ». Seule une partie de ces célébrations est laissée à voir aux touristes, également friands du vin Kalash. Des rassemblements plus intimes sont organisés uniquement pour les membres de la communauté dans les montagnes : « Ils se protègent de cette façon et les vraies cérémonies religieuses se passent là-haut. »

Carine Fernandez

* “Irréductibles Kalash “— documentaire — Diffuseurs : Ushuaia TV et TV 8 Mont Blanc — Production : Tandem Image.



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