Usseau (79) : deux mondes qui s’opposent

Publié le 20 juin 2016 | Chez nous | Mauzé-sur-le-Mignon et alentours

Les membres du collectif ne veulent pas de réserve de substitution. (photo d’illustration)

Les membres du collectif ne veulent pas de réserve de substitution. (photo d’illustration)

La réunion publique concernant le projet de réserve de substitution à Usseau a été houleuse. Clairement, les arguments des représentants du projet s’opposent à ceux des riverains.

C’est un débat animé qui a suivi la présentation faite par les porteurs du projet (Société coopérative anonyme de l’eau 79 (SCAE) et chambre de l’agriculture 79) qui sera situé au cœur de trois hameaux : Le Plénisseau, La Pironnière et Quincampoix. Une réserve de substitution qui s’inscrit dans un projet de territoire attaché au bassin Loire Bretagne.

Le but des réserves est de pomper l’eau dans la nature au moment où il y en a le plus pour éviter les assèchements de cours d’eau l’été et de réduire les points de prélèvements avec, pour objectif, en avoir 90 en 2021 (600 en 2005). Ce qui équivaudrait à 20 projets de réserves avec des prélèvements printemps-été qui passeraient de 24 millions de m3 en 2005 à 7,3 millions en 2021 sur le territoire ; 15,3 millions de m3 pour le bassin du Mignon en 2005 à 3,6 millions en 2017. « De quoi maintenir l’économie agricole sur notre territoire, 215 entreprises au total », a souligné Pierre Trouvat, élu à la Chambre de l’agriculture 79.

Concernant le projet à Usseau, cinq exploitations sont engagées dans le projet, « soit 12 emplois sur la commune d’Usseau », a-t-il été précisé, Pierre Trouvat ajoutant plus tard : « L’irrigation a sauvé l’agriculture sur la commune ».

« Vous nous avez fait une présentation idyllique »
Autre point de discorde, évoqué par l’une des personnes présentes (environ 80 au total), les chiffres affichés jugés minorés : les porteurs du projet ont mis en avant 265 280 m3 qui est le volume qui sera prélevable dans la réserve alors que sa capacité totale est de 333 700 m3, de l’eau devant rester pour le lestage de la structure.

Autre chiffre de la discorde : le projet est annoncé à 1,5 million par la présentation, alors qu’il avoisinerait plutôt les 2,2 millions d’euros, TVA comprise. « De quoi faire l’assainissement à Usseau », a lancé un auditeur et faisant dire à un autre : « Vous nous avez fait une présentation idyllique. Encore une fois une minorité du milieu agricole (Ndlr, les irriguants) s’approprie l’eau qui est à tous et s’approprie les taxes payées par tous pour leur projet. » Pierre Trouvat a répondu : « Je n’ai pas le sentiment qu’on utilise de l’argent qui ne nous appartient pas. On paye une redevance comme tout le monde à titre privé et à titre agricole. Vous pouvez prétendre à avoir l’assainissement. »

Des riverains extrêmement inquiets
Autre inquiétude des riverains, le devenir des maisons, des rivières souterraines, des forages et des puits privés et l’impact sur le milieu humide face à des travaux qui seront effectués « à coup d’explosion ». Une procédure réfutée par Maud Guibert de la chambre d’agriculture 79 et animatrice de la coopérative : « Il n’y aura que des pelles et ce n’est même pas sûr qu’il y ait des marteaux-piqueurs ». Ce qui a fait réagir l’assemblée en raison de la particularité des sols « de nature rocheuse ».

Face aux inquiétudes de rupture de la digue, estimée possible en cas de secousse sismique et qui pourrait entraîner une inondation, Maud Guibert répond : « La Dreal nous impose une surveillance après la mise en eau et une étude de rupture de digue est effectuée ».

Besoin de cultiver du sorgho
Le débat s’est ensuite élargi sur les pratiques de l’agriculture actuelle, certaines personnes présentes souhaitant un retour vers une agriculture raisonnée. Un autre ajoutant : « Et les moules et les huîtres elles ont besoin d’eau douce », interrogeant de l’effet de capter l’eau à la source.

Un éleveur présent a mis en avant le besoin pour son exploitation de cultiver du sorgho pour remédier à une autonomie fourragère inexistante.

Pour Pierre Trouvat, les intervenants ne « sont pas venus pour débattre du travail fait dans les instances. » Regrettant le débat idéologique, il poursuit : « On se propose d’améliorer la situation de l’été avec peu d’impact pour l’hiver. Si on ne fait pas ça, on va diviser par deux le nombre d’agriculteurs en 10 ans. Il ne restera que des gros avec 1 500 hectares ». Ce qui a fait réagir Patrick Picaud, de l’association Nature environnement 17, présent dans l’assistance : « Quelles seront les attributions de m3 entre les céréaliers et les petits exploitants ? », a-t-il interrogé.

Ce soir-là, se sont clairement opposées deux visions du problème : les uns étant inquiets concernant un risque sur les riverains et leurs biens, les autres voulant sauvegarder l’irrigation sur le territoire pour sauver leur gagne-pain. Tous pourront à nouveau s’exprimer, par écrit, lors de l’enquête publique.

Carine Fernandez



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